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Métro : Arabie Saoudite : jamais sans sa fille

Lundi 19 mars - 12h07

"Ma fille avait six ans et demi quand je l'ai vue pour la dernière fois. Elle en a dix aujourd'hui." Depuis son retour en France en 2009, Candice Cohen-Ahnine se bat pour récupérer Aya, retenue dans un palais de Riyad par son père, le prince Sattam Al Saoud. Son histoire, elle l'a racontée dans un livre Rendez-moi ma fille*. Et la répète à la presse, à la justice, à qui veut l'entendre. Dans l'espoir que l'écho de son combat finisse par ébranler les murs de la forteresse saoudienne.

Le 12 janvier, première fissure : la justice française accorde la garde exclusive de l'enfant à sa mère. "Un prince n'est pas au-dessus des lois", commente son avocate Me Tarquiny-Charpentier. Mais ce prince-là entend dicter les siennes. "La vie de mon enfant est ici", réagit M. Al Saoud auprès du Nouvel Obs. Jointe à plusieurs reprises par Metro, la famille princière n'entend pas épiloguer : "Aya va bien. Elle est heureuse ici". La presse française n'est pas la bienvenue. L'affaire est "délicate", concède-t-on au ministère des Affaires étrangères. La famille royale est indirectement touchée. "On ne commente pas les décisions de justice, assure Eric Bosc, directeur adjoint au porte-parole du Quai d'Orsay, en charge des Français à l’étranger. C'est un conflit d'ordre privé." Qui a pourtant pris une tournure diplomatique en juin 2009, quand le ministère des Affaires étrangères a exfiltré Candice Cohen-Ahnine.

"L'ambassade m'a demandé d'abandonner ma fille"
La jeune Française de confession juive rencontre son prince saoudien lors d'un voyage à Londres en 1997. Aya voit le jour en 2001. Le conte de fée s'effrite. Candice veut mettre un terme à leur relation quand Sattam lui apprend qu'il va se marier avec une cousine saoudienne. Elle pourra être la seconde épouse, fait-il valoir. "Le 12 septembre 2008, je pars en Arabie saoudite avec ma fille avant la rentrée scolaire pour un court séjour afin qu'elle puisse voir son père, nous raconte Candice Cohen-Ahnine. Dès notre arrivée au palais, il nous sépare, nous séquestre. Nos passeports sont confisqués. Ma fille tente de s'enfuir pour me rejoindre, on la frappe devant moi. Tout ce qui se passe est très violent mais je dois rebondir rapidement." Avec son téléphone portable, elle réussit à publier un appel à l'aide sur Facebook.

Après plusieurs semaines enfermée, elle parvient à se réfugier à l'ambassade de France à Riyad. "Madame Touma, alors consule de France, m'a clairement dit de repartir d'où je venais. Elle a essayé de me faire signer un document d'abandon d'enfant." Selon elle, la consule est une amie de la famille saoudienne. Candice Cohen-Ahnine ne signera jamais. En janvier 2009, une tentative de conciliation est organisée au ministère saoudien des Affaires étrangères. Pour le prince Al Saoud, son ex-compagne n'a jamais été enlevée, elle est libre de ses mouvements au palais. Candice peut repartir en France. Sans Aya. "Il en est hors de question, je ne repars pas sans elle. C'est alors que le ministère saoudien me délivre un document attestant que je suis une musulmane qui a renié sa religion pour se convertir au judaïsme. Une histoire montée de toute pièce par la famille de Sattam." Pour ce "crime", Candice risque la peine capitale. Elle doit quitter Riyad en 2009. Sans sa fille.

Me Tarquiny-Charpentier veut croire que la récente décision de justice fera plier Sattam Al Saoud. "Il va falloir réinstaller le dialogue entre les deux parties puisque le prince ne semble pas prêt à négocier, estime une source diplomatique. La décision de justice a été transmise aux autorités saoudiennes. L'avancée du dossier est désormais entre leurs mains...". En d'autres termes, entre les mains de la famille royale.

 

*Rendez-moi ma fille, Ed. l'Archipel, octobre 2011, 18,95€

www.rendezmoimafille.com