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Grazia : Quatre ans sans ma fille

Vendredi 02 mars - 23h15

Candice Cohen

Quatre ans sans ma fille

 

SÉDUITE ET MANIPULÉE PAR UN PRINCE SAOUDIEN. ELLE SE BAT POUR RÉCUPÉRER HAYA, TOUJOURS DÉTENUE À RIYAD. Par Caroline Lumet

« Ma fille avait 6 ans et demi quand je l’ai vue pour la dernière fois aujourd’hui. »

Depuis 2009, Candice Cohen-Ahnine (1) se bat pour récupérer Haya, retenue dans un palais de Ryad par son père, le prince Saddam Al Saoud. Tous les tribunaux ont pourtant accordé la garde de la fillette à sa mère. La France, le 12 janvier dernier.

Et même l’Arabie Saoudite, dès 2009 : le pays des émirs ne reconnaît pas le statut d’enfant illégitime, et le couple n’était pas marié à la naissance d’Haya. Difficile pourtant de faire respecter la loi à ceux qui se placent au dessus.

Été 1997. Candice Cohen Ahnine fête ses 20 ans à Londres. La petite Française rencontre son altesse royale Saddam Al-Saoud.

La (trop) candide jeune femme se laisse emporter dans un tourbillon de luxe et d’amour. Et son amant balaye ses réticences en lui confiant « un terrible secret » . Lui, prince saoudien, serait d’origine juive, comme elle. A Paris, il va jusqu’ à célébrer shabbat avec la famille Cohen. Un énorme bobard. Quand il lui avoue avoir menti pour obtenir ce qu’il voulait, c’est-à-dire elle, Candice Cohen passe l’éponge. Amoureuse transie. Et il en profite.

En 1999, il la force à avorter. Elle se laisse amadouer par ses excuses et de vagues promesses. Deux ans plus tard, sur le point de donner naissance à Haya, elle apprend que Sattam a caché sa grossesse à sa famille. Elle lui pardonne encore. Il verse dans le trafic d’armes ? Elle ferme les yeux. Il la viole ? Elle le quitte… quelque mois. Pendant 10 ans, Candice ne voit que le prince, pas l’atroce crapaud. « Les femmes sous le joug de pervers narcissiques sont légion, ce sont les rois de la manipulation », rappelle le Dr. George K. Simon Jr (2). Jusqu’à la chutte, brutale.

 

JETTÉE DANS UNE CELLULE

 

Août 2009, le couple est séparé depuis quelques mois. Candice accepte un voyage au palais royale afin que sa fille passe du temps avec son père. Haya est enlevée. Candice jetée dans une cellule. Après six mois de séquestration « la prisonnière du désert » -comme l’a surnommée la presse française - est exfiltrée. Sans sa fille. Depuis, Sattam Al Saoud peut compter sur son rang et sa richesse pour échapper à la justice. Aujurd’hui, Candice Cohen craint qu‘Haya ne subisse les pires sévices. Dans son récit se dessine en filigrane le portrait d’une famille royale décadente. Des membres rendus fous par l’oisiveté, la consanguinité et des relations « psychologiquement incestueuses », selon Candic Cohen.

 

 SEXE, ALCOOL, ET DROGUES

 

Un dîpolomate français ayant servi à Riyad confirme ce monde de sexe, d’alcool et de drogues : « Dans un câble diplomatique révélé par Wikileaks, en novembre 2010, des émissaires américains décrivaient une soirée de débauche à l’occasion d’Halloween. Ça a eu l’effet d’une bombe. Pourtant, c’était un secret de polichinelle » Un paradoxe au pays des l’islam dur. « En Arabie Saoudite, la police religieuse fait respecter la charia avec zèle, explique le dignitaire français. Mais les princes ne sont pas inquiétés. « Houma hl e bit », ils sont les maîtres de la maison, comme le dit le petit peuple » Et le peuple justement, qu‘en pense t-il ? « Il gronde, mais en silence » répond le diplomate.

Candice Cohen, elle, refuse de se taire. « Je veux une preuve que ma fille est vivante et pas mariée à un cousin pervers pédophile », murmure t-elle. Pour la première fois, sa voix semble sur le point de se briser. Un bref instant, la colère la déserte, la laissant vidée. Elle se reprend vite. Elle a un combat à mener.

 

(1)  Auteur de Rendez-moi ma fille ! (éd. L’Archipel, 2011)

(2)  Auteur de Character Disturbance : The Phenomenon of our Age

(Parkhurst Brothers Publishers Inc. 2011).