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Le figaro.fr : Le combat d'une mère pour retrouver sa fille

Mardi 03 avril - 10h26

Candice Cohen-Hanine se bat pour récupérer Haya, retenue prisonnière par son père, un prince saoudien, à Riyad. Dimanche après-midi, une manifestation était organisée devant l'ambassade d'Arabie saoudite à Paris.

Depuis plus de trois ans, elle n'a pas pu tenir sa fille dans ses bras. A 34 ans, Candice Cohen-Hanine est une mère engagée dans un combat pour retrouver la garde de sa fille Haya, 10 ans. Celle-ci est «retenue prisonnière» dans un palais de Riyad par son père, un prince saoudien. Ce dimanche après-midi, devant l'ambassade d'Arabie saoudite à Paris, cette mère devait organiser un rassemblement pour «lancer un cri d'appel à la solidarité», alors que le père a été condamné par la justice française.

Candice prisonnière, Haya enlevée

Cette histoire commence à Londres, au milieu des années 1990. Agée alors de 18 ans, Candice Cohen-Hanine y est en vacances lorsqu'elle rencontre Sattam. Une histoire d'amour naît entre elle et ce «prince charmant» de l'Orient. Les deux amants se voient dans des métropoles européennes, au détour des voyages d'affaires de Sattam. Et en 2001, le couple donne naissance, en France, à une petite fille, qu'ils nomment Haya. Mère et fille vivent dans l'Hexagone et profitent des revenus confortables de Sattam. «Une vie de princesse», confie Candice Cohen-Hanine.

Mais, très vite, le couple traverse des difficultés. Sattam devient violent. Puis, il lui apprend qu'il va se marier, sous la pression de la famille royale, avec une de ses «cousines». Pas question d'être une «maîtresse»: en 2006, Candice Cohen-Hanine rompt.

En 2008, désireux de voir sa fille, le prince Sattam reprend contact avec la Française. Il lui demande de venir passer quelques jours en Arabie saoudite. La jeune femme est réticente; sa fille, qui a «l'image d'un père aimant même s'il n'a été très présent», insiste. La mère cède. En septembre, Candice Cohen-Hanine et Haya arrivent en Arabie saoudite. Le cauchemar commence: la jeune mère se fait subtiliser son passeport et est emprisonnée dans un palais de Riyad. Sa fille lui est enlevée.

«J'ai été enfermée dans une pièce, séparée de mon enfant, raconte-t-elle. J'ai subi des sévices physiques et psychologiques. Je n'avais rien. Pas même accès à de l'eau potable… J'ai pu m'échapper une première fois. J'étais seule, sans argent, sans papier. J'ai cru trouver de l'aide à l'ambassade de France. Mais la consule m'a conseillé de retourner au palais. Ce que j'ai fait. Et j'ai passé plus de sept mois enfermée».

Candice Cohen-Hanine s'évade une seconde fois. Et retourne à l'ambassade. Sa vie est en danger: étant accusée -à tort- d'être une ancienne musulmane convertie au judaïsme, elle risque la peine de mort en Arabie saoudite. Cette fois, le Quai d'Orsay intervient. Elle passe trois mois à l'ambassade, bloquée par le fait que le gouvernement saoudien refuse de lui rendre son passeport. Ce n'est qu'en juin 2009 qu'elle est exfiltrée. Sans sa fille.

Rendez-moi ma fille!

En France, Candice Cohen-Hanine commence son combat pour «récupérer» Haya. Sur les conseils du ministère des Affaires étrangères, elle n'alerte pas les médias: Paris souhaite négocier avec Ryiad, mais la médiation ne donne aucun résultat. La Française n'a cessé de critiquer l'ambassade de France à Ryiad et le Quai d'Orsay. Eric Bosc, adjoint au porte-parole du ministère, en charge notamment des Droits de l'homme et des Français à l'étranger, se défend: «Elle a beaucoup souffert, alors peut-être que, pour elle, le Quai d'Orsay n'en a pas fait assez. Mais c'est une affaire bien connue et difficile. Il y a eu des démarches diplomatiques nombreuses et multiples. Dans ces dossiers, il n'y a jamais de solution rapide, en un claquement de doigt».

En octobre 2011, la jeune mère publie un livre,Rendez-moi ma fille!, pour «porter à la connaissance de tous» son histoire. Une plainte, par ailleurs, a été déposée auprès de la justice française, pour soustraction d'enfants. Le 12 janvier de cette année, le tribunal de grande instance de Paris condamne Sattam: «Il est de l'intérêt d'Haya de confier l'exercice exclusif de l'autorité parentale à sa mère, compte tenu de la situation de non-retour illicite de l'enfant, qui démontre que le père a agi au mépris des droits de la mère sur cette dernière. […] Aussi, il est de l'intérêt de l'enfant de fixer sa résidence au domicile de sa mère». Le jugement est assorti d'un devoir de verser une pension alimentaire mensuelle de 10.000 euros par mois à Candice Cohen-Hanine.

«La décision qui a été rendue est exécutoire. Elle doit s'appliquer. Et ce n'est pas parce qu'on est un prince saoudien qu'on est au-dessus des lois», assure l'avocate de la jeune femme, Laurence Tarquiny Charpentier, soulagée d'arriver au terme d'une procédure de plus deux ans, rythmée par quatre reports d'audience.

Reste à savoir si le pouvoir saoudien se pliera à cette décision. «Je dois croire en la justice», glisse la mère d'Haya. Le prince Sattam n'est jamais venu à une audience et n'est pas représenté par un avocat en France.

 

1er avril 2012 : écrit par Boris Marchal